Les satellites de télécommunication I-Les débuts

C’est en 1945, avec l’après-guerre et le progrès de l’information que déjà des scientifiques pose l’idée d’améliorer les communications mondiales, qu’elles soient sous forme de sons ou d’images, sans que la distance et les océans n’entravent le processus. Arthur Clarke en pose l’idée dans un article d’un magazine scientifique anglais mais l’ingénieur John Robinson Pierce expose plus concrètement le fonctionnement d’un élément placé très haut dans le ciel, bien au-dessus de l’atmosphère, permettant de relayer des données d’un point éloigné à un autre (voir plusieurs endroits, et simultanément) sur la Terre en un temps record, sans être gêné par les phénomènes météorologiques : le satellite.
Car pour savoir ce qui se passait ailleurs en temps réel était très difficile : en 1953, le couronnement de la Reine Elisabeth II du Royaume-Uni a pu être rediffusé dans quelques pays frontaliers grâce à des faiseaux hertziens transmis par des tours surmontées d’antennes paraboliques situées tous les 60 km environ, et comme les normes de diffusion d’image et les formats étaient différents d’un pays à l’autre, des convertisseurs permettaient de les adapter dans les pays récepteurs.
Ces satellites permettraient de compléter les câbles de télécommunication sous-marins, dont le premier a été posé en 1956, le TAT-1 (pour Transatlantique 1)
Mais le 4 octobre 1957, est lancé par l’URSS le tout premier satellite mondial, Spoutnik 1. Le lancement est surtout symbolique et a permis de montrer que mettre un satellite en orbite et s’assurer de son fonctionnement (les fameux bips sonores) était possible. Après, il fallait que les satellites envoyés soient utiles, que ce soit pour les sciences ou les télécommunications.
Un premier satellite, Echo, est lancé par la NASA en 1960. Il ne fait que renvoyer passivement (par réflexion) les transmissions radio. Ce n’est que le 10 Juillet 1962 qu’un véritable satellite de télécommunications est lancé des Etats-Unis, Telstar. Il est dit actif car un répéteur amplifie et renvoie les signaux sur Terre, et conçu pour des images de télévision essentiellement et quelques liaisons téléphoniques. Pour ces premiers essais, une station américaine, Andover (Etat du Maine) et 2 stations européennes sont choisies : Goonhilly, dans le sud-ouest du Royaume-Uni, et Plemeur-Bodou (Bretagne, France). Des systèmes d’antennes très spécifiques sont construites, en forme de grands cornets, bidirectionnelles (émettent et reçoivent les signaux) et tournant sur un axe horizontal.

Antenne cornet de Pleumeur-Bodou

Telstar se trouvant en orbite basse bouclait un tour de Terre en 2h30 mais n’était disponible pour chaque station que pendant 20 minutes. Et 6 orbites après son lancement, la France, le soir même, recevait des images des Etats-Unis et le lendemain, la France et le Royaume-Uni envoient des images d’émissions télévisées. Et le tout avec succès.
Les diffusions continuent sans problème et d’autres pays développent des stations de poursuite en Allemagne, en Italie et au Japon mais Telstar commence à donner des signes de faiblesse en Novembre, ne fonctionnant par la suite que par intermittences, puis l’émetteur tombe en panne en février 1963. Telstar, mort, continue encore aujourd’hui de tourner autour de la Terre !

Telstar

Aussi réfléchit-on à faciliter une permanence des transmissions entre les stations terrestres et l’espace et le seul moyen d’y arriver et de positionner les prochains satellites de télécommunications sur une orbite circulaire et bien plus haute : l’orbite géostationnaire. Comme son nom l’indique, c’est une orbite où le satellite tourne exactement à la même vitesse que la Terre et par conséquent reste au-dessus d’un même point au niveau de l’équateur (ce qui la distingue de l’orbite géosynchrone). Et cela ne peut se faire qu’à une altitude de 35786 km, qu’on arrondit familièrement à 36000 km.
Le satellite américain Syncom 1 est le premier géosynchrone, lancé en février 1963, mais le contact est perdu peu après la mise en orbite. Son « frère » Syncom 2, lancé en Juillet 1963, est plus chanceux en fonctionnement et Syncom 3, géostationnaire, lancé en août 1964 a même permis de retransmettre avec succès les Jeux Olympiques de Tokyo du Japon aux Etats-Unis. Ils ont été désactivés en 1969.

Syncom

Néanmoins, il fallait passer à la vitesse supérieure : passer de l’expérimental au commercial. La société Intelsat se créée en 1964, afin d’exploiter les satellites de télécommunication dans le monde, et comporte 15 pays membres au début puis 63 en 1972. Son premier satellite, Intelsat I, surnommé plus familièrement Early Bird (« Oiseau matinal »), est lancé en avril 1965. Il y a une grande amélioration par rapport à ses prédécesseurs, puisque sa capacité de gestion de lignes Europe-Etats-Unis est de 240 canaux téléphoniques et 1 canal télévisuel, et il fonctionne : malgré un arrêt au bout de 4 ans, il est réactivé le temps de la mission Apollo 11 pour en retransmettre la diffusion télévisée en direct partout dans le monde ou presque, puis il est définitivement réduit au silence en août 1969. Et continue lui aussi d’errer en orbite…
Ces satellites télécommunicationnels des années 60 avaient au début une forme sphérique, puis cylindrique, recouverte de panneaux solaires et surmontée d’antennes grillagées.

Intelsat

Histoire des satellites de télécommunications NASA (anglais)

Histelfrance page sur les satellites de télécommunications

Surveillance de Telstar

Surveillance d’Intelsat1/Early Bird

One comment to Les satellites de télécommunication I-Les débuts

  • C. Rizzo-Vignaud  says:

    Bonsoir, j’ai vu que vous aviez repéré ma page qui parlait de satellites, Telstar, Pleumeur-Bodou, etc…
    J’ai désormais créé une page spécifique aux Télécommunications Spatiales françaises, en y ajoutant des infos et des bonnes photos en plus… Comme j’ai des archives authentiques, autant les publier.

    Bien à vous.

    http://telecommunications.monsite-orange.fr/page-5bcf09cf22fb4.html

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