Jean-Loup Chrétien, 1er Français dans l’espace

Jean-Loup Chrétien fête ce 20 Août ses 80 ans !!! Né à La Rochelle, ce fils d’un marin et d’une maman au foyer, aîné d’une famille recomposée de 4 enfants, a par la suite grandi en Bretagne, plus précisément à côté de Morlaix, à Ploujean (curieusement, c’est l’anagramme de son prénom !). Il s’est très vite pris de passion pour 2 choses : l’aviation et l’orgue !!! Au cours de sa scolarité dans divers pensionnats religieux, l’enfant turbulent et l’adolescent potache qu’il était passait son temps à dessiner des avions sur ses cahiers et son temps libre à fabriquer des maquettes. Jusqu’à ce qu’à 17 ans, à bicyclette, il longe l’aérodrome voisin, la curiosité le titille, en oubliant son but premier : apporter un paquet au curé de sa paroisse !…

Il apprend à piloter de petits avions mais hésite encore sur sa vocation : organiste d’église ou pilote ? Ce sera finalement pilote, sa famille l’ayant découragé sur les inconvénients de la vie d’artiste qui l’aurait attendu… Le jeune Jean-Loup opte pour pilote de chasse, et suit sa formation à l’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence en 1959, pour obtenir un diplôme d’ingénieur en aéronautique. Il se forme sur des avions Mystère et Mirage III, est affecté à plusieurs bases (Tours, Orange…), puis à l’EPNER d’Istres (Ecole du Personnel Navigant d’Essais et de Réception), comme pilote d’essais, et supervise le programme Mirage F1, puis le secteur de défense Sud à Aix-en-Provence.

Déjà très intéressé et ouvert à la conquête spatiale qui débutait, Jean-Loup se voyait déjà en Gagarine français, et y croyait fermement, au point que son entourage le taquinait fréquemment sur le sujet. Et pourtant le destin le décidera ainsi…

L’URSS* propose au Président de la République d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, d’envoyer un cosmonaute Français dans l’espace par Soyouz en 1979. Le CNES, agence spatiale française, lance une campagne de recrutement du candidat idéal pour cet aventure, mais pour ne pas être venu que pour « faire coucou à la caméra en apesanteur », le cosmonaute effectuera quelques expériences scientifiques. De milliers de candidatures en Septembre 1979, il n’en reste que 5 (4 hommes et une femme), puis 2 hommes le 11 Juin 1980 : Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, un Bordelais de 8 ans son cadet.

Le duo part s’installer, en famille pour Patrick Baudry, à la Cité des Etoiles, après avoir consacré l’été 1980 à apprendre le russe et à piloter de temps en temps pour garder la main. Le climat, le mode de vie, la culture changent et Jean-Loup et Patrick finissent par s’y accoutumer. La première année est très théorique et scolaire mais la deuxième année, avec la nomination des équipages titulaire et suppléant est pratique. Car Jean-Loup et Patrick, jusque-là finalistes et à égalité, sont assignés : Jean-Loup Chrétien comme titulaire et Patrick Baudry comme remplaçant. D’ailleurs les rôles ont failli s’inverser car le commandant de l’équipage titulaire, Youri Malishev, est grippé (version officielle, car d’autres disent qu’il ne s’entendait pas avec le Français…) et doit s’arrêter. En pareil cas tout l’équipage change et les remplaçants deviennent titulaires. Mais exceptionnellement et sans doute par égard pour les Français, seul Malishev est remplacé par Vladimir Djanibekov.

Enfin, l’équipage composé de Vladimir Djanibekov, Alexandre Ivanchenkov et Jean-Loup Chrétien décolle sans problème le soir du 24 Juin 1982, s’amarre à la station Saliout 7 le 26 (manuellement, le radar automatique étant tombé en panne…) et ils retrouvent des collègues : Anatoli Berezovoï et Valentin Lebedev. Jean-Loup exécute les expériences demandées par le CNES et a très peu de temps pour regarder la Terre, qui plus est quand la station survole la France… Le Soyouz T6 atterrit le 2 Juillet, la climatisation est tombée en panne et ce sont 3 hommes trempés de sueur mais heureux qui s’extirpent de la capsule…

Suite à cela, Jean-Loup Chrétien ramasse de nombreuses décorations et récompenses, entre autres Commandeur de la Légion d’Honneur, Chevalier de l’Ordre National du Mérite et chose rare pour un étranger, Héros de l’Union Soviétique. Patrick Baudry sera le deuxième Français dans l’espace et le premier à voler en navette spatiale du 17 au 24 Juin 1985. Le CNES n’ayant pas encore terminé sa nouvelle sélection de cosmonautes, la doublure de Patrick n’est autre que… Jean-Loup ! Invité en Octobre 1985 à l’Elysée où le Président Mitterrand recevait le Président Gorbatchev, ce dernier propose à Jean-Loup de faire une nouvelle mission spatiale, avec l’accord du Président français. Jean-Loup accepte et repart pour une nouvelle session de préparation de vol, cette fois avec un nouvel aspirant de l’espace, Michel Tognini, pilote de chasse de 11 ans son cadet.

La mission, baptisée Aragatz (du nom du point culminant arménien), est plus ambitieuse : sortie extra-véhiculaire, vol de longue durée, expériences plus fournies… Jean-Loup volera avec le commandant Alexandre Volkov (dont le fils Sergueï deviendra aussi cosmonaute), et le jeune Sergueï Krikalev, dont l’avenir spatial est très prometteur. Le 26 Novembre 1988, tous les 3 décollent à bord du Soyouz TM7 et rejoignent la nouvelle station MIR et ses occupants (Vladimir Titov, Moussa Manarov et Valery Poliakov) 2 jours après. Cette fois, Jean-Loup apporte un synthétiseur portable, réglé sur fonction Orgue, dans l’espoir d’avoir l’occasion d’en jouer, mais il ne disposera que de très peu de temps pour ça, au milieu de toutes les expériences scientifiques à effectuer pour le CNES et la sortie extra-véhiculaire à mi-séjour, le 9 Décembre, avec Alexandre Volkov. Il s’agit de déployer une grand structure métallique en 3h30 environ… Mais celle-ci s’avère récalcitrante et le temps prévu est presque doublé, portant un record non seulement pour un ni-Russe ni-Américain mais depuis la première sortie extra-véhiculaire en 1965 à presque 6h, où d’agacement sans doute, Volkov donne des coups de pied qui déploient les poutrelles !!! Et Jean-Loup qui a de la buée sur sa visière, l’oxygène se raréfiant à cause de l’autonomie limitée du scaphandre, peine à rentrer dans le sas de MIR et à en fermer la trappe. Il finit par trouver le coupable, un filin métallique et le casse après s’être rapidement assuré que ce n’était pas un élément vital. La vie dans MIR continue jusqu’au 21 Décembre où Jean-Loup et son équipage rentrent sur Terre sans mal mais cette fois dans le froid hivernal des steppes du Kazakhstan…

Jean-Loup Chrétien ne s’est pas arrêté là : il a fait partie d’une sélection NASA comportant des astronautes de toutes nationalités, la 15ème, en 1995, et cela lui a permis d’effectuer un 3ème vol, en navette cette fois, destiné à rejoindre la station MIR comme cela se fait depuis 1995 et 20 ans après le vol symbolique Apollo-Soyouz. Du 25 Septembre au 5 octobre 1997, il s’envole à bord de la navette Atlantis STS-86 avec 5 autres personnes dont une femme, et son collègue russe rencontré dans MIR lors de sa mission Aragatz, Vladimir Titov. Toujours pour accomplir des expériences pour le CNES mais aussi aider à la maintenance de MIR, malmenée quelques mois plus tôt par un incendie et la destruction partielle d’un module par un cargo Progress.

Il était même prévu que Jean-Loup fasse un 4ème vol ! Mais un accident (chute d’une caisse sur la tête en visitant un magasin de matériaux) le rendra définitivement inapte au vol spatial, bien qu’il en soit sorti. Peu de séquelles mais suffisantes pour le clouer désormais à vie sur terre… L’astronaute américain Daniel Barry le remplace en 2002 pour la mission STS-105 dans la navette Discovery. Il se reconvertit en chef d’entreprise en fondant Tietronix Optics, qui sous-traite avec la NASA en matériaux scientifiques et a même conçu un pare-brise anti-éblouissements ! Il continue à piloter de petits avions, se partage entre la Bretagne et le Texas, fait des conférences et des concerts d’orgue.

Bon anniversaire Jean-Loup !

  

  

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