Apollo 11, premiers hommes sur la Lune et contexte

On n’avait encore jamais vécu un tel exploit depuis que le monde est monde : voir des hommes marcher sur la Lune ! C’était chose faite depuis le 20 Juillet 1969 avec l’atterrissage du module lunaire (Lunar Module ou LEM), Eagle, sur la Mer de la Tranquillité, dans le cadre de la mission Apollo 11, et d’y voir sortir puis marcher pour la première fois, l’Américain Neil Armstrong, prononçant la célèbre phrase « C’est un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité ».

Revenons-en au contexte. Le monde sortait de la seconde Guerre Mondiale, et les 2 blocs URSS et Etats-Unis entretenaient entre eux la guerre froide, en s’affrontant par le biais de la conquête spatiale, une compétition technologique et humaine où chacun voulait être LE premier à réaliser tel ou tel exploit spatial. Dans les premiers temps, c’était plutôt l’URSS qui gagnait ces batailles symboliques : premier satellite artificiel Spoutnik (4 Octobre 1957, contre Janvier 1958 pour le premier satellite américain Explorer 1), premier être vivant dans l’espace avec Spoutnik 2 qui avait emporté la chienne Laïka (le mois suivant), premier homme dans l’espace (Youri Gagarine, le 12 Avril 1961, l’américain Alan Shepard ne volant que 3 semaines plus tard, mais en effectuant un saut balistique sans mise en orbite, ce qui fait considérer John Glenn comme véritablement premier astronaute américain avec sa mise en orbite le 20 Février 1962), première sortie extra véhiculaire le 18 Mars 1965 par Alexeï Leonov, alors que l’américain Edward White réalise le même exploit trois mois après)…

C’est aussi l’époque des premiers drames sauvés de justesse, car la conquête spatiale comportait de nouveaux risques pour lesquels l’improvisation permettant la survie était de mise et s’était avérée efficace : la chute dans les fonds marins de la capsule de l’américain Virgil Grissom en Août 1961, (ses flotteurs latéraux ne s’étant pas activés lors de la récupération en mer, son occupant a pu s’en extirper de justesse sous peine de mourir noyé) la difficulté d’Alexeï Leonov à rentrer dans le module Voskhod 2 (son scaphandre s’étant gonflé, il a dû évacuer un peu d’oxygène pour en diminuer le volume et glisser vers l’intérieur au plus vite, les difficultés respiratoires commençant à se manifester), ou en Mars 1966, la capsule américaine Gemini 8, censée rester 3 jours dans l’espace, s’arrimer à une fusée-cible Agena, avec une sortie extra véhiculaire prévue, devant être effectuée par David Scott : l’arrimage de Gemini 8 avec Agéna réussit, mais un problème de stabilisateur en panne a entraîné l’ensemble dans un violent tourbillon (imaginez les manèges pourtant vertigineux des fêtes foraines, mais dont la vitesse des tours est fortement décuplée !), et les 2 occupants luttent difficilement contre cette violence de mouvement et les malaises physiques qui les gagnent. Enfin Neil Armstrong, le commandant, parvient néanmoins à résister à la panique, à l’évanouissement proche et aux machines elles-mêmes en les maîtrisant, mais très difficilement, désarrime Gemini 8 et la suite de la mission est annulée, contraignant l’équipage à revenir sur Terre sain et sauf au bout de seulement 10 heures de vol et d’émotions fortes dont ils se seraient bien passés.

D’autres drames finiront hélas tragiquement et retarderont la suite des événements, faisant craindre que le pari lancé en 1961 par le Président John Kennedy ne soit pas tenu : envoyer au moins un équipage sur la Lune avant 1970. L’année 1967 verra donc les deux puissances spatiales connaître la mort de certains conquérants. Le 27 Janvier, le premier équipage américain Apollo 1 composé de Virgil Grissom (commandant), Edward White (pilote) et Roger Chaffee (pilote « à vide » du module lunaire, sachant que cette mission en était dépourvue et devait avoir lieu en orbite terrestre) réalisait une nouvelle répétition sur terre du décollage (prévu quatre semaines plus tard). Ce qui fait que la Saturn I, bien que prête, ne contenait aucun carburant, seuls la diffusion d’oxygène et les circuits électriques et de télécommunications étaient connectés. Seulement, au moment d’activer un des systèmes électriques, un fil dénudé a entraîné un incendie, car les astronautes respiraient de l’oxygène pur, et celui-ci est un véritable détonateur : le feu prend dans la cabine et la porte du module de commande était mal conçue pour les problèmes d’évacuation d’urgence, ce qui fait que les 3 malheureux astronautes, malgré leurs tentatives pour déverrouiller celle-ci et l’intervention pourtant immédiate des secours, n’y parvenaient pas et en un laps de temps très court, sont morts brûlés et asphyxiés. En témoignaient la position de leurs corps retrouvés par la suite et les résultats de l’enquête… En avril, le cosmonaute Vladimir Komarov, qui inaugurait quant à lui la série des Soyouz (qui existent toujours, bien que revus et corrigés au fil des années !), a connu une série d’avaries (entre autres un panneau solaire bloqué), la dernière étant la mauvaise, partielle et donc trop tardive ouverture de son parachute, qui brûle et entraîne la chute extrêmement violente de sa capsule, tuant son occupant sur le coup.

L’arrêt des programmes spatiaux des Etats-Unis et de l’URSS était en cours mais provisoire, le temps que les commissions d’enquête étudient les causes et conséquences des tragédies, rendent leurs rapports et que les leçons en soient tirées pour réviser la conception des capsules Apollo et Soyouz (par exemple, l’installation de boulons explosifs sur la porte latérale pour Apollo, dont l’activation en cas d’urgence permet l’ouverture immédiate en évitant les manipulations compliquées et potentiellement préjudiciables en terme de sécurité, de l’air et non de l’oxygène pur pour respirer, etc…)

Chacun reprend son programme avec quelques missions inhabitées, puis avec des animaux (chiens pour l’URSS, singes pour les Etats-Unis). Les succès étant désormais bien confirmés, les missions habitées reprennent, avec Apollo 7 en Octobre 1968 d’un côté, Soyouz 2 à la même époque. Là aussi tout se passe très bien, les problèmes techniques étant mineurs, gérables et sans risque vital, ce qui redonne espoir d’un côté et de l’autre. Pour Apollo, afin de tenir le pari du Président Kennedy, tout s’accélère et en même temps étape par étape : à Noël 1968, l’équipage d’Apollo 8 avec Franck Borman, Jim Lovell et William Anders est le premier à aller au-delà de la Terre, à orbiter autour de la Lune, voyant là de leurs propres yeux ce que personne n’avait encore jamais vu, surtout d’aussi près : la face cachée de la Lune  ! (car lors de ses orbites autour de la Terre et quelles que soient ses phases, la Lune reste positionnée en montrant toujours le même côté à la Terre). Apollo 9 qui fait le premier essayage du LEM en orbite terrestre (Mars 1969) , Apollo 10 (Mai 1969) qui fait la même chose en orbite lunaire, ultime répétition avant Apollo 11 où a lieu le véritable alunissage (avec quelques frayeurs, l’un des astronautes ayant involontairement appuyé sur un bouton faisant partir le LEM dans tous les sens, avant de réaliser son erreur et de rappuyer sur même bouton pour arrêter la fonction concernée).

Apollo 11 connaîtra aussi sa part de stress : le risque d’atterrissage sur un endroit accidenté, ce qui pousse Neil Armstrong à piloter en manuel presqu’au dernier moment pour éloigner le LEM sur un endroit plus plat, quitte à n’avoir que pour 30 secondes d’utilisation disponible de carburant ! Et de surcroît, une alarme qui se déclenche, inquiétant l’équipage, qui indique que la mémoire interne est saturée et ne peut faire face à la suite de la mission. Un jeune ingénieur fraîchement diplômé mais très réactif et doué, Steve Bales, conseille aux astronautes de ne pas s’en préoccuper et de continuer normalement. A juste titre car ils se posent dans problème sur la Lune !

Le séjour dure un peu moins de 24 heures, dont 2h30 à marcher sur la Lune pour Neil Armstrong, et 20 minutes de moins pour son coéquipier Edwin Aldrin dit Buzz. Pas seulement pour marcher, filmer, photographier, mais aussi tester les télécommunications, ramasser des échantillons, poser et activer des instruments scientifiques (un réflecteur et un sismomètre) et entre-temps, parler quelques minutes en direct avec le Président Richard Nixon, les astronautes se tenant à côté du drapeau américain planté par leurs soins. Ironie du sort, alors que l’événement est suivi en direct par presque un milliard de téléspectateurs dans le monde (satellites de télécommunications géostationnaires récents aidant), au moment précis où Neil Armstrong marche sur la Lune, Collins, le 3ème membre de la mission, qui attend ses compagnons en orbite lunaire à bord du module de commande Columbia, se trouve côté face cachée, seul au monde… Mais le pari de Kennedy a été parfaitement tenu !

Le retour se déroule parfaitement et les astronautes se retrouvent cloîtrés en quarantaine, d’abord dans une sorte de grande caravane, puis dans un centre spécialisé, pendant 3 semaines, afin de s’assurer qu’ils n’avaient pas attrapé de quelconques microbes lunaires, subissant analyses et examens en tous genres, faisant le débriefing de la mission et des résultats des expériences. Rien n’a été détecté, mais la précaution de quarantaine a été réitérée pour les missions Apollo 12 et 14, du fait qu’ils s’étaient posés en des points différents de la Lune. Toujours aucun microbe trouvé, ce qui a par la suite exclu les 3 autres équipages de cet isolement.

Les missions suivantes sont plus ou moins heureuses : Apollo 12 (Novembre 1969) réussit, malgré un violent orage qui coupe les systèmes électriques au moment même où la fusée Saturn V décolle ! Alan Bean, le seul membre d’équipage « rookie » (terme qui désigne un astronaute qui vole dans l’espace pour la première fois), rétablit aussitôt les systèmes de secours. Le LEM se pose à côté de la sonde Surveyor 3 et les astronautes en récupèrent quelques éléments. Ceux-ci analysés ont permis de trouver un staphylocoque doré encore intact ! Mais il n’y aura presque pas d’images du séjour lunaire, l’un des astronautes ayant maladroitement exposé le film au soleil et rendu celui-ci inutilisable…

Apollo 13 sera la mission la plus inquiétante, un accident grave menaçant la survie de l’équipage. Superstitieuse, la NASA avait placé cette mission dans la symbolique du 13… Cela portera finalement malheur : le 13 Avril (la mission ayant décollé le 11 Avril à 13h13), outre un changement d’astronaute de dernière minute pour cause de rougeole (eh oui !) et l’arrêt prématuré du moteur central (sur 5) de la Saturn V (obligeant les 4 autres à brûler plus longtemps), une manoeuvre pourtant de routine consistant à brasser régulièrement les réservoirs d’oxygène a entraîné l’explosion de l’un d’eux, défectueux, endommageant les autres et une bonne partie du module de commande, peu avant d’arriver vers la Lune. L’oxygène fuit à une vitesse inquiétante, les paramètres, quels qu’ils soient, chutent ou montent dangereusement… L’alunissage est bien sûr annulé, mais les astronautes ont une idée : se réfugier dans le LEM ! Celui-ci n’a pas été atteint par la destruction du module de service et bien que non conçu pour 3 personnes, y séjourner leur sauvera la vie, à condition qu’ils rentrent en moins de 3 jours. Pour conserver au minimum un peu de fonctionnement sur la fin au retour sur Terre, tous les systèmes du module de commande sont désactivés. Si cela était arrivé après la marche lunaire, sans le LEM resté sur place, les astronautes n’auraient pas survécu longtemps ! Malgré le froid et l’humidité, le peu de nourriture disponible rationné, le commandant Jim Lovell (qui s’est donc approché deux fois de la Lune sans jamais y marcher), le pilote du LEM Fred Haise et le pilote du module de commande John Swigert rentrent sains et saufs. Fred Haise souffre d’une infection urinaire, les conditions d’hygiène et d’intimité ayant joué en sa défaveur…

Le programme Apollo se retrouve amputé de 3 missions et s’arrête à Apollo 17, à la fois suite à l’accident d’Apollo 13 et à la guerre du Viêtnam qui bat son plein. Les missions suivantes se déroulent sans problèmes et ont même leurs anecdotes amusantes sur fond d’expériences : Alan Shepard, seul astronaute de la première sélection NASA et du programme Mercury à marcher sur la Lune, envoie au loin une balle de golf à l’aide d’un club lors d’Apollo 14 (Janvier 1971). La mission a failli ne jamais avoir lieu, l’arrimage du module de commande ne se faisant pas, juste avant de quitter la Terre, et le dernier essai avant abandon était le bon… Pour Apollo 15 (Juillet 1971), David Scott a voulu démontrer en pratique la théorie de Galilée en faisant chuter sur le sol lunaire un marteau et une plume qui sont tombés exactement en même temps. Mission qui a permis  pour la première fois et avec succès l’utilisation de la voiture lunaire, ainsi que pour Apollo 16 (Avril 1972) et 17 (Décembre 1972), multipliant les sorties extra véhiculaires, l’éloignement (raisonnable) du LEM et la durée du séjour sur la Lune, sur fond de ramassage d’échantillons et d’expériences.

Le programme lunaire russe, en voyant que les Etats-Unis reprenaient l’avantage, était presque similaire (puissant lanceur, module orbital, module lunaire), mais la fusée N1 accumulant échecs et explosions, fort heureusement sans occupants, fut abandonné.

Après cette difficile mais victorieuse conquête de la Lune par les américains, les efforts étaient reportés désormais sur le programme Skylab d’un côté, Saliout de l’autre. Skylab a bénéficié de l’arrêt du programme Apollo et de l’idée d’économie et de recyclage en utilisant et en réaménageant la Saturn V. 3 missions en modules Apollo lancées par des Saturn I, durant chacune 1 mois, 2 mois et 3 mois, seront couronnées de succès, les astronautes de la première mission réparant même un panneau du Skylab endommagé au lancement ! Les Soviétiques* réussissent tout autant leurs missions Saliout (7 stations lancées au total, dont la durée de vie rallonge d’une à l’autre), sauf le premier équipage du tout premier Saliout qui au retour de la mission, décédera par fuite d’oxygène due à une valve défectueuse. Ce qui n’a été découvert que par le silence prolongé et l’absence de mouvement après l’atterrissage, celui-ci en lui-même s’étant très bien déroulé, car en mode automatique, et la découverte des 3 hommes sans vie en ouvrant l’écoutille…

Mais il était temps de faire la paix. Après le programme Skylab, la NASA visait la conception d’un avion spatial réutilisable, le Shuttle ou Navette, et les Soviétiques continuaient leurs séjours en station spatiale, il n’était plus question de guerre froide et de chercher à tout prix à faire des « premières » avant l’autre, aussi une dernière mission, commune et donc plus symbolique que scientifique, clôture le programme Apollo et les modules à usage unique et scelle la réconciliation entre les deux puissances spatiales : ASTP, soit Apollo Soyouz Test Project, en Juillet 1975. Bien que les équipages des deux vaisseaux se soient rencontrés à maintes reprises sur Terre, dans l’un et l’autre pays, la poignée de main entre Alexeï Leonov et Thomas Stafford (dans le module de jonction compatible avec le Soyouz et l’Apollo mais fourni par la NASA) marquait la fin d’une époque et l’espoir de nouvelles coopérations entre les anciens ennemis, et pourquoi pas avec d’autres nations… La géopolitique et l’histoire ont fait le reste puisque désormais, l’ISS (station Spatiale Internationale) accueille des astronautes, cosmonautes et ressortissants d’Europe et d’autres pays dans un esprit de collaboration scientifique, et en attendant de pouvoir un jour retourner sur la Lune ou pourquoi pas, sur Mars…

The Project Apollo Archive

Chronologie Apollo de Capcom Espace

Albums photos Flickr Apollo Archive

De la Terre à la Lune

Base de la Tranquilité

Ci-dessous : équipage d’Apollo 11 : Neil Armstrong, commandant (gauche), Michael Collins (pilote du module de commande, milieu) et Edwin Aldrin dit Buzz Aldrin, pilote du LEM (droite)

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